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la discussion pour le peuple touareg
 
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 Hawad

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Date d'inscription : 10/06/2007

MessageSujet: Hawad   Lun 19 Nov - 1:09

Les passeurs de crépuscule
Depuis trente six ans je veille
sur le sillage des combattants
qui ont pavé les champs de bataille
balisés par la pierre
du non-retour
J'ai pris la plume comme un fusil
et l'encre comme le tartre de la mort
Ainsi ai-je épuisé le vent
et toutes les passerelles de la métaphore
J'ai décortiqué la graine des mots
j'en ai écorcé le son pour qu'ils deviennent galets
munitions de paradoxes
dépouillés du tanin des sens
butoirs
sur lesquels je trébuche
et s'érnousse ma vue
Est-ce dans la lie de mon esprit
que j'ai nagé
jusqu'à écraser mon regard
sur le marc de la réalité ?
Ou est-ce les débris du souvenir
qui m'ont dévidé dans cet abîme noir de la conscience ?
La conscience d'être condamné
épave ombre touarègue
fantôme de sa propre âme
traversant les vertiges
et les clignements du crépuscule
Une épave, dis-je, une ombre
fantôme de sa propre âme
O tourne-tête sans appui
autre que latemujaghal
tempête de cimes d'orgueil
auquel personne aujourd'hui ne croit
pas même ceux qui ont têté
la moëlle épinière de son échine
bosselée par les résistances
aux temps
Tous les sens et les contours
que je donne à mes jours
se révèlent
sans aucun nerf
où poser un regard
aiguisé par l'ironie
Chaque jour du présent est comme
chaque jour de la veille sans horizon
Pourtant épis de flammes
une aube froufroutante
rejoint devant moi
l'envol de ma vue
Halètements guerriers d'un aigle
revenant à sa proie
vide écopé
que l'envolée des ailes
n'a pas arrasé
Azur absence
O Touaregs
en rongeant l'espace
qui sépare le vu du non-vu
je nivelle l'absence
silence engloutissant vos souffles
qui n'ont pas acclamé jusqu'ici
les taureaux porteurs de nos aubes
d'hier
Drapés de chimères de tourbillons
nous enfilons les lisières du paysage
Entorse et chagrin
nous sommes l'orgueil du voyage
Du levant au couchant
nous avons traîné l'alphabet millénaire
et tatoué le désert
du crépuscule à
Voilà qui je nomme
les passeurs de crépuscule
Si vous aussi avez des brumes
à traverser au-delà des cauchemards
alors prenez la route avec nous
Ne craignez pas les crépuscules
nous avons avalé mille lames de l'horizon
sur l'aiguille des saisons
et avons maché multitude d'étoiles
Orions des époques
Par la crête d'un rêve halluciné
nous entraînons les lendemains
Je le jure
Ceci est le blatèrement sourd
des passeurs de crépuscules
Vrille ondulation
marche-torsadée de l'écharde
remontant le dard jusqu'à la fissure
racine du nerf
Par la foudre et la vipère à corne
je le jure et le signe
ceci est le gémissement éteint
de l'enfant touareg
que le rot d'un canon a vissé
sur les vertèbres de sa mère
S'emmêlent les amarres
et s'entrecroisent les paysages
et se tassent les horizons
et sont piétinées les étoiles
Entre l'ennemi et l'ami
plus de distinction
entre le veule et le brave
plus de séparation
O vertiges
jument des nausées
Dans quelle époque
quel marécage-purin
de chiens et de phacochères
dansons-nous
au pas de canards constipés
Quel fragment ébréché de la balance
hissera le débris de nos jours
sur la terre et le ciel
Point de cou haut dressé
Ou bien connais-tu un glaive justicier
qui se dresserait
entre toi et ces nuées d'animosité
qui nous font enjamber le bât
de nos propres corps
et traverser le feu
pour encore tomber
dans un filet de flammes
rage des ongles du monstre
éclipse de tes jours.
Hawad, jeudi 1 décembre 1994
mes salutation Very Happy
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Hawad
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